Eric et son Blog

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mardi 2 décembre 2008

Economies de bouts de entreprise-chandelles

C'est la crise. Tout le monde en parle. Les journaux nous énumèrent les pertes d'emplois, les faillites, les déficits, etc. Les entreprises resserrent les boulons, suppriment les avantages, les dépenses inutiles en tous genres. Dans le monde du boulot-circus, ces temps sont propices à la prolifération d'une espèce nuisible: les économes de bouts de chandelles. Ces gens, souvent des comptables ou des managers ayant atteint leur niveau maximum d'incompétence. Un exemple: une grosse et ancienne société liégeoise trouvait que le budget fournitures en "bic" était un peu élevé. Un gars a eu la lumineuse idée de ne plus acheter les "bic crystal" entiers mais juste des mines. Moralité, les employés se sont retrouvés à devoir rafistoler leur bic cassé ou écrire avec juste la mine du bic... Gain en fournitures: 50€ par an, perte en temps du crétin qui a pondu ça: 1000€, perte de productivité et en frustrations: 5000€.

Ceci n'est pas nouveau et chacun a quelques exemples en stock. Mais aujourd'hui, une société que je ne nommerai pas vient de décrocher le pompon. La société (dans le domaine informatique) fournit à ses employés des ordinateurs portables. Ce n'est plus très cher aujourd'hui et ça leur permet d'aller chez des clients ou à la maison avec leur matériel de travail. Ils sont encouragés en ce sens par un accès VPN au réseau de l'entreprise. La "compensation" pour cette invasion du temps privé etait qu'ils avaient un ordinateur portable récent à disposition... Logique

... Jusqu'à ce qu'un ####### décrète que cette utilisation personnelle d'une resource de l'entreprise est un avantage en nature que devrait compenser l'employé. Tous les employés disposant d'un portable ont donc été sommés de payer 7.5€ par mois ! Histoire d'éviter la révolution totale, ils ont laissé un os à ronger: on peut éviter la "taille" en fournissant une facture nominative pour un ordinateur personnel. Les discussions devant la machine à café vont donc s'orienter vers le fait de savoir si une facture non nominative est valable ou comment on peut se faire faire un facture bidon au lieu de lyncher le sombre ######## qui a pondu une idée pareille. Pour faire bonne mesure, le téléphone portable de l'entreprise imposé à pas mal de gens sera lui aussi taxé à 6.5€ par mois, ce qui est nettement moins dérangeant puisque les appels personnels coûtent effectivement de l'argent à l'entreprise contrairement à l'utilisation de l'ordinateur portable.

Vous imaginerez aisément que cette mesure a mis la masse salariale en ébulition et que les pauses cafés se transforment en réunions syndicales au sommet, que les temps de midi sont passés en lamentations... Si on considère ce que va rapporter cette mesure (la plupart des employés vont prouver qu'ils ont un ordinateur personnel) et qu'on la compare à ce que ça va coûter de la récolter, de vérifier les dispenses, de négocier avec les syndicats, de temps perdu en discussions stériles, le bilan est largement négatif. La seule réaction logique face à un tel cas serait de virer le responsable de cette idée néfaste et le traduire en correctionnelle. Malheureusement, il aura probablement une promotion à la place.

jeudi 23 octobre 2008

Il n'y a pas de webmaster au numéro composé

Quand vous repérez une erreur importante sur un site web, vous pouvez prendre contact avec le webmaster. Quand il est joignable, il se fait en général un plaisir de corriger l'erreur, vous remercie et on n'en parle plus. Le titre pourrait laisser penser que je vais parler des webmasters qui n'indiquent pas leur adresse email ou ne répondent pas à leurs visiteurs. Mais j'ai un cas pratique d'une situation tres "boulot-circus" sous la main.

Ayant besoin à un moment du package "source" du debugger "GDB", je me suis rendu sur la page ad hoc: "Download Solaris 10 11/06 Software Companion for Source". Les informaticiens auront compris que c'est sur le site de Sun. Je ne mets pas de lien direct, il faut un compte Sun (gratuit) pour y accéder. Bref, sur cette page, on trouve de nombreux packages dont celui qui m'intéresse, GDB:
GDB source sun package wrong
Regardez bien le nom du fichier: SFW... gd ....S.pkg.bz2 (SFW=Sun FreeWare, S=source et .pkg.bz2 pour package compressé). Il manque un B et pour cause, ils ont inversé les packages GD (une librairie graphique) et GDB (debugger):
GD source sun package wrong

Je confirme que les packages qu'on télécharge sont bien inversés. Bref un cas très simple et évident d'une inversion dans une page web. Le genre de chose qui se corrige en 30 secondes sur de petits sites et 5 minutes pour des gros. J'ai donc utilisé le formulaire idoine de Sun pour rapporter ce genre d'erreurs. Le formulaire crée un ticket dans leur service support et voilà où ça devient typique d'une grosse boîte:

  • 2 octobre, je reçois un accusé de réception de mon ticket.
  • 50 minutes plus tard, un technicien me demande l'URL exacte et les liens précis qui sont inversés. J'avais déjà mentionné ça dans mon premier mail mais soit.
  • 9 octobre, un nouveau technicien me dit ne pas trouver l'origine du problème et escalade à son team leader. Deux liens inversés, ça ne semble pourtant pas la mer à boire.
  • 22 octobre, le technicien fait le ménage dans ses tickets ouverts et vire tout ce qui peut l'être avec un poil de mauvaise foi. "There is no support for this software, you can see sunfreeware.com for blablabla".
Dans ce cas-ci, le technicien qui a hérité de mon cas ne sait probablement pas trop comment corriger les liens et après 20 jours ne se souvient plus qu'il y a effectivement un problème sur LEUR site. Il ouvre donc le case "software companion CD", "oh ben on ne fait pas de support là-dessus, hop, je ferme".

Dans ce cas-ci, je m'en fous. L'inversion ne me gêne pas puisque je l'ai vue mais ça montre comment on pourrait être traîté si on achetait du support chez eux... Et si ça avait concerné ma ligne ADSL en rade et que je m'étais fait jeter parce que mon PC est sous Linux, je l'aurais moins bien pris.

dimanche 17 août 2008

Encore de la procédu-connerie

Le Dilbert Blog raconte qu'un employé s'est fait intercepter par la sécurité en sortant du boulot avec son portable sous le bras. La logique étant qu'on vole beaucoup de laptops et que ceux qui partent avec juste un laptop, sans aucun accessoire ni sac, viennent probablement de la voler. Du coup, on fait une procédure qui n'autorise la sortie des portables qu'avec des sacs.

Déjà, la logique est foireuse. Mais normalement, les gardes sont censés être des humains doués de raison. Donc, la réaction normale face à cette situation devrait être de noter le nom de la personne et éventuellement le numéro de série du portable et de le laisser sortir. Ainsi, en cas de vol, on le choperait facilement. Ici, les gardes sont abrutis de "tu suis la procédure ou t'es viré, même si la procédure est débile." Le résultat est une sécurité encore plus mauvaise qu'avant et en plus une frustration des employés légitimes.

Lisez aussi les commentaires, ça vaut le détour. J'aime beaucoup la sécurité qui vérifie sous la camionnette avec un mirroir, qui étudie longuement une fausse carte d'identification et laisse passer sans même se demander ce que contiennent les 20 énooormes boîtes dans le chargement...

Dans le genre, j'ai récemment amené le matin deux gros serveurs rackables (de sacrées pièces, croyez-moi) et quand je suis ressorti le soir tard, les réceptionnistes qui m'avaient vu entrer n'étaient plus là, juste un garde qui n'a même pas cillé en voyant sortir des pièces de matériel simplement monstrueuses. Peut-être s'est-il dit que si on ne se cachait pas, c'est qu'on n'avait rien à se reprocher...

Je repense aussi à l'instant à un beau cas dont j'ai déjà parlé: J'étais parti en mission pour l'organisme européen de lutte anti-fraude (OLAF pour les intimes) en Espagne. J'étais parti en covoiturage avec un collègue dans sa voiture (Audi A4). Sur place, nous avions demandé à utiliser le parking de la guardia civil, sécurisé et pour nous, gratuit. Jusque là, pas de problème. Il fallait juste demander au responsable de nous faire entrer et sortir du parking. Sauf que le jour où nous avons voulu aller visiter l'Alhambra, nous avons voulu sortir du parking à 5h du matin. Personne n'étant là pour nous ouvrir, un d'entre nous (douanier français) forçait la barrière électrique pendant que je passais tout juste en-dessous. C'est là qu'un policier est apparu et nous a demandé en Espagnol ce que nous foutions... Euh... Comment dire.... Ce n'est pas ma voiture, j'ai le droit de la sortir du parking de la Guardia mais je ne parle pas du tout Espagnol....

vendredi 4 juillet 2008

Vivre pour les procédures

La "qualité" ISO 9000 porte mal son nom. Ce n'est pas de la qualité mais de l'administration. Des procédures. Plein de procédures. Mais c'est tellement chiant à écrire les procédures, que le pauvre type qui doit les écrire les suce de son pouce et en général, c'est inefficace et irréaliste. Mais peu importe, les sociétés se mettent à vivre par les procédures et bientôt POUR les procédures.

Les anglophiles pourront lire l'article de DailyWTF sur "The Process". Si à la fin de la lecture, vous pensez que cette histoire est inventée, c'est que vous n'avez jamais rencontré "The Process". Vous ne savez pas votre chance. Pour avoir souvent rencontré la bête, je peux vous dire que cette histoire est parfaitement plausible bien qu'en réalité, le prompt devait être un peu plus que "press F1 to continue", je pencherais pour un "do you want to start service foobar ?".

En tous cas, c'est un parfait exemple de situation où la qualité stupide peut amener une société à la ruine

vendredi 4 mai 2007

Die by the procedure

Discussion avec un collègue:
"Moi: Hier, j'ai vu un reportage sur la BBC à propos des maternités publiques en Angleterre. C'était édifiant.
(...)
Et ce qui est marrant, c'est qu'à chaque fois que des parents d'enfants morts à cause de leur système réclament des comptes, ils reconnaissent les erreurs et puis annoncent qu'ils ont modifié leurs procédures d'accueil des femmes sur le point d'accoucher afin d'améliorer la qualité de cet accueil.
Collègue: Ca pue la qualité ISO à deux balles.
Moi: Exactement, surtout qu'en pratique, ça ne va strictement rien changer.
Collègue: Oui mais il auront leur certification ISO.
Moi: Ca fera une belle jambe aux parents des enfants morts.
Collègue: Au moins ils seront morts en suivant la procédure."

C'est vraiment un cas typique de la dérive de la qualité. Faire de la qualité ISO, ce n'est pas travailler mieux, c'est produire de la merde calibrée et (mal) documentée. C'est pour ça que j'ai horreur du terme "qualité" pour désigner les procédures ISO.

vendredi 2 février 2007

5 millions perdus ? pas grave

Dans un précédent job, j'avais écrit un logiciel pour gérer une certaine activité commerciale rapportant environ 130 millions d'euros. Un programme assez critique donc. Mais la société et ceux qui géraient cette manne financière avait une échelle des valeurs assez différente de la mienne.

Alors que je devais répartir ces 130 millions entre les petits contrats (gérés d'une façon) et les gros contrats (gérés d'une autre façon), j'en arrivais à ce que la somme de mes deux tas ne faisait plus 130 millions mais 105 millions. 25 millions d'euros s'étaient perdus entre les gros et les petits contrats. Gênant. J'expliquai donc la situation à la responsable et me mis à bosser jusque tard pour récupérer cet argent.

Vers 21h, je finis par obtenir une répartition plus correcte mais il manquait encore et toujours 5 millions d'euros ! J'informai alors la responsable pour lui dire que c'était mieux mais que je continuais à chercher. La réponse de la responsable me surprit parce qu'elle considérait que c'était une erreur acceptable et me disait de ne pas me casser la tête plus loin sur le problème de répartition.

Bien sûr, j'ai continué malgré son avis et vers 22h ai obtenu une répartition correcte au centime près. Mais j'ai été fortement marqué par le désintérêt pour 5 putains de millions d'euros !! Je les aurais bien voulus moi ces 5 millions. Snif

mardi 23 janvier 2007

La caisse clairvoyante

Un voisin de bureau avait laissé des caisses de déménagement dans le couloir. En lisant le nom de la société qui loue ces boîtes, j'ai eu une révélation:

rentacrate

Bien sûr, rentacrate signifie "rent a crate" ou "louez une caisse" en bon Français. Mais si on lit à la française, on y voit un terme comme "technocrate". En fait, le rentacrate, ça pourrait être le chef d'entreprise qui refuse toute suggestion non assortie d'une étude de ROI (return on investment pour les incultes) favorable et bien étayée. Et c'est là qu'on se rend compte que tout notre société est une énorme rentacratie.

Bip-bip. Citoyen 30022, vous n'êtes plus assez rentable pour la société, vous allez être éliminé. Vous avez le droit d'introduire un recours auprès du tribunal de la rentabilité mais vous devrez vous acquitter des frais de justice d'avance. Vous avez 2 minutes pour prévenir vos proches afin qu'ils avancent le prix de votre exécution et de vos funérailles. Biiiip.

jeudi 12 octobre 2006

Bastard Eric

Mon collègue tente péniblement d'écrire un certain bout de code. Il m'explique son problème assez étrange et attend mon avis:

David: Il me dit qu'il manque l'élément <machinbidule> mais c'est le premier du fichier ! C'est bien orthographié et tout !
Eric: T'as vérifié le "bidule" ?
D: Ben oui et c'est correct.
...
Grand blanc...
Je ne sais pas quoi dire, je n'ai pas d'idée géniale et ne connais pas trop ce domaine...
...
D: Bon, je vois que tu es aussi inspiré que moi...
E: Si tu veux, je peux marmonner un truc incompréhensible à voix basse et quand tu auras trouvé la solution, je ferai semblant que c'était ce que je t'avais dit mais que tu n'avais manifestement pas entendu.

Si je savais dessiner, je pourrais faire concurrence à Dilbert

lundi 31 juillet 2006

La guérilla des communs

Le nombre d'employés par bureau ou "secteur" étant assez limité, il y a généralement assez peu de problèmes à part le manque d'ordre de certains par rapport à d'autres. Mais une fois qu'on aborde les communs, c'est une autre histoire. Le homo burotus peut être très propre chez lui ou dans son bureau mais parfois il manque totalement de considération pour les lieux communs. Ceux-ci étant nettoyés par les autres, il ne voit pas l'intérêt d'y faire attention. Ceci amène de véritables guerres au sein des moyennes et grande sociétés.
Qui a salopé le micro-ondes ? Qui m'a piqué mon éclair au chocolat ? Qui a laissé cette assiette immonde sur la table au lieu de la ranger dans le lave-vaisselle ? Qui a chié sur la planche des WC ? Qui a volé le papier WC ?

Les individus qui causent ces troubles sont en fait des sans-gênes égoïstes qui font comme bon leur semble sans se préoccuper de la gêne que celà occasionne chez leurs collègues et dans l'équipe de nettoyage. Ils sont minoritaires mais il suffit d'un pourcent pour pourrir l'ambiance de l'entreprise entière. Les 99% restants vont passer leur temps à se demander qui est le connard qui leur pique leur bouffe ou comment il fait pour coller de la merde au plafond (j'exagère à peine). Ca pourra même en arriver à monopoliser les discussions autour du café, au repas de midi ou aux pauses-clopes. On échaffaudera des plans pour débusquer la bête à coups de webcams, d'observateur dont le bureau est stratégiquement placé en face des toilettes, de truffes au piment fort, etc.

En ce qui me concerne, je trouve qu'il faudrait trouver et virer ces personnes. Elles ne peuvent pas être loyales envers la société quand ils ne le sont déjà pas sans enjeux financiers. Bien sûr, je ne parle pas ici d'une personne malade qui aurait un peu... détérioré les WC. (Je pense à une personne chez Wanadoo Belgique ;) ). Même si dans le fond, tout celà est fort futile.

Je terminerai en donnant un exemple pour moi du sommet du sans-gêne: j'avais un matin acheté un "merveilleux" (meringue, crème fraiche et copeaux de chocolat). Je l'avais mis, avec sa boîte en carton, dans le frigo de l'entreprise. A midi, j'ai retrouvé la boîte ouverte et quelqu'un avait mangé le chocolat sur la crème au sommet du merveilleux. Un peu comme si on avait trempé son doigt dans la crème fraiche d'un gâteau de mariage...
J'ai fini par trouver le coupable mais après son déménagement dans d'autres locaux, malheureusement.

mercredi 28 juin 2006

Lire au-delà des mots

J'entends souvent des informaticiens se plaindre ou se moquer des managers non-techniciens qui décident des choses techniquement absurdes. Un exemple très typique est cet article tiré de TheDailyWTF: Un manager demande avec insistance à un développeur de retirer le numéro de version du logiciel du help -> about. De prime abord, cette requête est ridicule et franchement néfaste. Cette information est présente dans la quasi totalité des logiciels et elle est indispensable au support. Et puis, vous voulez savoir si le Word installé sur votre PC est un 2000, XP ou 2003.

En général, la discussion s'arrête là, le technicien refuse de faire ce qu'on lui demande pour d'excellentes raisons et le manager use de son autorité pour forcer le technicien à le faire quand même. Résultat: c'est le bordel.

Pourtant si le manager avait présenté son problème au technicien et laissé à celui-ci la possibilité de proposer des solutions techniquement réalisables, ou si le technicien avait cherché à comprendre pourquoi le manager demandait celà, ils auraient pu se comprendre. Le manager était (comme c'est indiqué dans les échanges de mails) inquiet que le numéro du build (élevé) puisse faire penser au client qu'il leur avait fallu 5000 essais pour arriver à un résultat potable. Le technicien aurait alors pu proposer de supprimer le numéro du build et de le remplacer par la date du build. Il aurait aussi pu souligner qu'une version 1.0.0 donne une impression de "version béta pleine de bugs et de maladies de jeunesse". Ainsi, une politique de versions où on ne donne un numéro qu'à chaque nouvelle version réellement envoyée au client genre "v.2.5.4" serait plus rassurante et avec la date du build, le support aurait assez d'infos pour travailler.

Comme je le disais ce comportement est assez fréquent sous différentes formes. Un jour un collègue se moquait de son manager qui lui demandait de modifier son site web pour intégrer des raccourcis vers Word, Excel etc. Il avait beau lui expliquer le principe du web et que les applications locales ne pouvaient pas être référencées, le manager ne voulait rien savoir. En fait, le manager avait trouvé un document présentant un produit existant chez un client potentiel et voulait s'en rapprocher pour se vendre à ce prospect. Dans ce document, il y avait une copie d'écran du logiciel avec la barre de tâches de Windows. Word et Excel y étaient visibles. La réaction de base "quel con !" aurait pourtant dû être mise de côté et il aurait fallu que le technicien prenne le document, l'étudie et propose au manager un comparatif entre ce produit concurrent et le leur. Ainsi le manager aurait pu aller vendre son produit avec des bonnes armes.

Amis informaticiens, avant de nous moquer, essayons de comprendre l'esprit tortueux et chaotique des non-techniciens.

mardi 23 mai 2006

Je fais des docs

Voici une petite chanson qui circule parmi les contractants externe de la Commission Européenne. L'auteur n'est pas précisé (ce n'est pas moi !). Dommage, il ne connaîtra pas la gloire.

« Je fais des docs »

sur la musique de Kinito "La maison de disques" (Je fais du rock)

Je travaille pour la Commission
Je suis un simple prestataire
Dans la grande Organisation
J’apporte tout mon savoir-faire

A l’institution, si tu veux plaire
Il vaut mieux ne pas trop en faire

Je suis la méthodologie
Les fonctionnaires donnent le Tempo
Pour écrire toutes leurs conneries
J’ai failli y laisser ma peau

A l’institution, si tu veux plaire
Il faut vraiment se laisser faire (SfR)

<<Refrain>>
Moi, je fais des docs
Qui n’servent à rien
Si on les lit, c’est déjà bien
Je fais des docs
Ca sert à rien
Quand on les lit, moi j’trouve ça bien

J’vais surement pas m’mettre à pleurer
J’ai pas envie d’é_crire en anglais
Car si pour toi tout ca c’est d’ l’art
Alors je ne suis pas prêt d’être Star !

Je me shoote à la caféïne
Pour respecter ce tempo-là
Ma femme se plaint de mon code pin
J’appelle Lou_is-Marie juana

A l’institution, si tu veux plaire
Vaut mieux tenir que laisser faire (SfR)

(Refrain)

Je sens que je suis à la bourre
On parle de pénalités
De toutes façons, j’fais plus l’amour
C’est la triste réalité

A l’institution, si tu veux plaire
Vaut mieux pas s’envoyer en l’air

Ma femme veut partir en vacances
On doit recharger nos accus
Mais comme je n’ai pas l’acceptance
Je crois bien qu’elle l’aura dans l’c…

Ah ! aujourd’hui j’suis pas très fier
SfA-cile d’être un gros blair !

<< Sur le tempo du refrain>>
Je laisse tomber les docs
Qui n‘servent à rien
Ca fait trop d’nuits
Sans mon engin
Je fais des docs
Ca mène à rien
Moi j’veux l’amour
C’est ça ou rien !

Toutes mes chansons vont cartonner
Et toi chérie, tu vas m’aimer
On est d’accord, ce n’est pas d’ l’art
Mais aujourd’hui je suis une Star !

lundi 30 janvier 2006

Moral des troupes

Une note positive pour une fois. Dans les situations difficiles, il arrive, dans les bonnes équipes, qu'un membre de ladite équipe décide de soutenir le moral des troupes. Et efficacement en plus:

Il se reconnaîtra ;)

jeudi 12 janvier 2006

Tout programme temporaire deviendra définitif

"Il faudrait faire un bout de programme temporaire pour pouvoir imprimer depuis tel site distant sur nos imprimantes HPUX en attendant qu'on standardise le système."

Ca commence souvent ainsi. Bien entendu, le développeur non avisé auquel on demande cela va effectivement écrire un bête truc sans le structurer, sans prévoir son évolution possible. Erreur. Grosse erreur. On va rapidement lui demander d'ajouter les imprimantes Linux "ça devrait être quasiment pareil que HPUX". Puis les imprimantes réseau avec une queue Unix, puis les imprimantes Windows, puis tous les postes sur tous les sites. Au final, ce programme temporaire mal foutu se retrouve utilisé comme standard dans toute l'entreprise et sera peut-être même vendu à quelques clients.

Il y a quelques années, une société (que je ne citerai pas) a commandé un logiciel complexe à un certain prestataire de services IT. Comme il aurait fallu plusieurs années avant que ça ne soit prêt, la société a demandé à quelques employés doués d'écrire un système minimal en attendant. Ce qui fut fait. Là où ces employés ont fait un joli coup, c'est qu'ils ont bien conçu leur système de base et tout était modulaire. C'était plus difficile pour eux au début mais ça leur a permis d'étendre ce système minimum en attendant toujours le système complet. Au bout de quelques années, ce système complet était tellement en retard et tellement décalé par rapport aux besoins réels du moment que ce n'était plus vraiment utilisable. On a donc gardé le logiciel "temporaire" qui avait évolué pour dépasser largement le "complet". Aujourd'hui, ce logiciel "temporaire" est toujours utilisé par des centaines de gens et une dizaine de personnes l'entretiennent. Bien sûr, on réalise aujourd'hui que son design n'était pas parfait, qu'il n'est pas tellement intuitif mais il a le mérite d'exister.

Il est donc indispensable de résister à la tentation du "quick & dirty" et de toujours, TOU-JOURS, réfléchir à une bonne structure dans son programme dès le départ et d'y mettre des commentaires clairs à défaut de documentation que jamais on n'aura le temps d'écrire.

mercredi 11 janvier 2006

Cycle de vie d'une entreprise

Quelle est la différence entre Vivansa (<pub>une start-up très dynamique et prometteuse</pub>), Google et IBM ?
L'âge de la société.

Une société qui marche commence avec quelques esprits brillants et travailleurs qui se lance dans la grande aventure. Bill Hewlett, Dave Packard, Bill Gates, Steve Ballmer, Steve Wozniak, Steve Jobs, Eric Schmidtt, Larry Page et tant d'autres. Ces esprits brillants ont des idées brillantes et travaillent dur, très dur pour les réaliser. Ils font tout: programmation, fabrication, secrétariat, téléphoniste, réceptionniste, helpdesk, commercial, compta, ... et la productivité est énorme. Plus chacun travaille bien, plus la boîte marche et plus chacun gagne de l'argent.
Voyons maintenant une situation pratique: le gars qui s'occupe des achats choisit une application de suivi de tâches et de support qui se révèle mal foutue, peu pratique, coûteuse et finalement inutilisable. Dans une startup, le responsable se fait engueuler par ses collègues, on jette le produit et on passe à autre chose de mieux.

Une fois que la société commence à marcher, il faut engager du personnel pour délester le "core-team" des tâches bassement matérielles: support/administration réseau/système, secrétariat/téléphoniste/réceptionniste/helpdesk, ... Les tâches se soulignent un peu plus et les membres de l'équipe de base prennent des fonctions de plus haut niveau. Mais on reste dans un esprit start-up. Notre situation pratique sera la même.

Au fur et à mesure que la société grandit, certains crises d'adolescence appraissent. La personne qui jusque là gérait la programmation multimedia, la compta et la gestion du personnel préfère la technique en délaissant les autres aspects de sa tâche. La base grogne, on commence à sentir les premières frustrations du petit personnel. Comme la personne qui pose problème est aussi un des propriétaires de la boîte, on peut difficilement utiliser la voie hiérarchique pour le rappeler à l'ordre. Dans les sociétés saines, ces personnes sont compréhensives et remédient à leurs problèmes. Souvent, ils abandonnent la technique à contre-coeur. Dans ces cas, il faut donc que le travail énorme d'un seul homme talentueux travaillant 14h/jour soit repris par 3 ou 4 personnes travaillant 9h/jour.
Voyons notre cas pratique: notre manager pluri-disciplinaire a donc négligé le choix du logiciel. Ses collègues et subordonnés (notez le glissement) rouspètent et on termine les projets en cours avec le soft, les nouveaux seront sur un nouveau logiciel.

La société arrive à une cinquantaine d'employés, chacun a des responsabilités bien spécifiques. Les membres de l'équipe de base sont devenus des managers. Le moteur est maintenant les employés de la société. Les managers sont des techniciens à la base et peuvent donc décider intelligemment des directions de l'entreprise. Mais ils ne sont plus les seuls maîtres à bord. De nouveaux managers sont arrivés, l'un pour les finances, l'autre pour la gestion commerciale... Des chefs de projets ont aussi une responsabilité importante dans cette petite entreprise.
Les cas pratiques vont un peu plus varier à ce stade, voici un exemple: Toujours notre mauvais choix. Les employés de base trouvent le logiciel pénible à utiliser, il leur fait perdre un temps précieux, les frustre et ils n'en voient pas l'intérêt. Les managers, eux, ont une interface de reporting assez jolie qui leur montre l'état de la société à tout moment. Un peu comme une voiture avec un moteur de merde mais un joli tableau de bord, une belle carrosserie et une marque renommée. En général, la grogne de la base va finir par remonter au management (ne serait-ce que lors des pauses-café) et le logiciel sera adapté ou remplacé. Celui qui a choisit fera plus attention la prochaine fois.

Puis la société passe un point de non-retour, elle passe de la start-up à la grande entreprise, sous-entendez "administration". La société s'unit avec une autre, est rachetée ou les managers changent et la société grossit encore. A ce stade, les nouveaux employés ne sont plus visés par l'équipe d'origine et la qualité des employés s'en ressent. On engage des gens avec un CV "gonflé", des râleurs, des fainéants, des autistes, etc.
Cas pratique: le directeur technique d'origine a été remplacé. Il constate que son prédécesseur a laissé plusieurs logiciels de suivi de tâches différents en utilisation et trouve que c'est difficile pour lui de générer ses jolis rapports pour les réunions du board. Evidemment, c'est un fiasco. Le top-management en entend parler par les différents autre managers dont les équipes perdent en productivité. Ces autres managers et le top-management exigeront donc qu'on résolve le problème et qu'on s'assure que ça ne se reproduise plus !! Dans une petite société, le coupable et son entourage en tire la leçon et basta. Dans une grosse boîte, on décide de mettre en place un procédure de choix de logiciel. Le logiciel devra être testé par une commission de chaque division de l'entreprise avant d'être approuvé par le top-management ou à defaut... bla bla bla.

C'est là qu'on aborde ce qui tue la grosse entreprise tout en étant nécessaire à sa survie. Les procédures. En fait, on parle souvent de "qualité" bien que ce terme soit horriblement mal choisi. Ca n'a RIEN à voir avec de la qualité. C'est de la paperasse. Les grosses boîtes ont donc des tas de gens dévolus à cette unique tâche de définir des procédures, de vérifier leur application et de suivre les "audit" et autre certifications ISO. En fait, tant que les procédures sont bien écrites avec un certain sens des réalités, ce n'est pas un problème. Mais souvent, au lieu de faire coller les procédures à la réalité, on écrit des procédures et on s'efforce d'y faire coller la réalité. Chaque employé de la société finit par perdre 30% de son temps à jouer avec des procédures à la con plutôt que de travailler.

Autre exemple, dans une startup, le gars qui gère les commandes des partenaires avec leurs ristournes a besoin d'un programme pour le gérer. Il s'adresse au gars le plus compétent en la matière et le lui demande. Celui-ci lui fait ce programme de son mieux et voilà.
Dans une grosse boîte, il faut que le demandeur trouve la bonne procédure pour demander un budget à se hiérarchie. Cette demande devra être assortie d'un "Business Requirements Document", d'un "Return on Investment Evaluation Document" puis être avalisé par une dizaine de personnes. Là, un chef de projet est nommé qui lui-même lance une équipe comptant un analyste, un développeur et un support en Inde. Le chef de projet lance un kick-off meeting avec le demandeur puis des weekly meetings, une séance de testing, un acceptance meeting, un closing meeting, on pond des tonnes de docs, de rapports et que sais-je encore. Au final, au lieu de passer 3 jours sur cette tâche la grosse boîte passe donc 50 jours/homme sur cette même application.

Autant dire que dans ces conditions, il est illusoire d'avoir la moindre créativité au sein d'une grande entreprise. A moins de racheter une start-up...

Ceci dit, il y a quelques cas particuliers comme Google qui ont réussi à garder leur esprit de start-up malgré leur croissance importante et leur entrée en bourse. Le fait que les fondateurs soient toujours à la tête de l'entreprise ne doit pas y être étranger. Cisco Systems est un cas intéressant car jusqu'en 2002-2003, la société a conservé son esprit de start-up mais la crise post-2001 l'a poussée lentement vers la bureaucratie et la réductions des coûts à outrance. Depuis, l'ambiance est devenue celle d'une grosse entreprise et je suis certain que la réputation est en train de passer de "cher mais le meilleur et le plus innovant" à "cher et surfait".

Cet article n'est que le premier d'une série et reste très "grossier". Je tâcherai d'affiner avec le temps.