Ida Pirotte, ma grand-mère paternelle, nous a quittés ce 20 août 2008 à l'âge de 87 ans. Ci-dessus, une photo d'il y a 4 ans avec son arrière-petit-enfant, Maëva.
Elle était une femme de la campagne, énergique. Elle était de cette génération qu'on a forcé au Français pour éradiquer l'usage du Wallon. Mais elle nous a transmis de nombreuses expressions truculentes que je perpétue encore quoique souvent françisées en fonction de mon public. Quelques exemples:
- Magne et tèss-tu. Mange et tais-toi. De loin l'expression que j'ai entendu le plus souvent. C'est marrant, je fais pareil avec Maëva.
- Ti magne comme å pourcè. Tu manges comme un cochon. Le å se prononce à mi-chemin entre A et Ô. No comment.
- Rire c'est rire min tchîr el kalotte di s'pére, c'y n'est pu rire èdon. Rire c'est rire mais chier dans le chapeau de son père, ce n'est plus rire "hein". Je vous laisse imaginer les emplois de cette expression
- Lèhî creûr les béguines, elles ont pu l'timps qu'vos. Laissez croire les béguines, elles ont plus le temps que vous. Généralement sorti en réponse à un "je pense...".
Ses parents ne parlaient que le Wallon ou presque. Elle parlait Wallon et Français indifféremment. Mes parents comprennent le Wallon mais le parlent peu. Je comprends à peu près bien le Wallon mais suis incapable de le parler. Ma fille ne comprend même plus du tout le Wallon. Voilà comment meurt un dialecte.
Ma grand-mère était une cuisinière hors-pair. Elle était capable de sublimer un simple steak frites. Elle avait une recette de crêpes incluant des biscottes écrasées qui donnaient un effet que je n'ai jamais retrouvé depuis. Quand elle avait du lait en direct de la vache (non stérilisé, pleine crème et goût), elle faisait des flans à tomber par terre. Ses tartes aussi étaient mémorables, en particulier sa tarte au riz et celle au sucre. D'ailleurs, vous connaissez sûrement la grille à tarte. Eh bien, elle avait le grand modèle HLM et chaque week-end nous attendaient 4 ou 5 grandes tartes.
Ma grand-mère était une femme énergique. Après la mort de son mari, elle a passé son permis de conduire... à 63 ans. Et c'était loin d'être évident, croyez-moi. Je me souviens de sa DAF variomatic, du jour où un pneu a crevé en plein virage serré, que la voiture est partie en tête-à-queue et qu'elle a parfaitement contrôlé la situation. Elle était énergique et nous accompagnait en vacances à la montagne jusqu'à ses 77 ans.
Habitant dans une ferme, elle fournissait toute la famille en oeufs, en fruits et légumes divers (sans pesticides). Cette ferme était aussi un paradis pour les petits-enfants: de la place pour courrir, se cacher, inventer des jeux, on était chouchoutés à coups de gaufres, crêpes, flans, riz-au-lait etc... J'ai aussi eu ma période jardinier avec une préférence pour le plantage de radis (que je ne mangeais pas) et pour les framboises blanches (que je dévorais). Mon frère penchait pour les myrtilles.
De ses dernières années, je retiendrai son vrai bonheur quand elle était avec ma fille. Elle avait parfois du mal à distinguer ses arrière-petits-enfants entre eux mais peu importe, elle était heureuse quand un enfant était là.
Tout ça, c'est bien sûr un résumé de mon propre point de vue, de ses 25 dernières années. Comme elle parlait peu de son histoire, de ce qu'elle avait vécu pendant la guerre, je suis assez mal placé pour parler du reste de sa vie.
Tant qu'il y aura un(e) Darchis pour dire "magne et tèsse-tu", elle sera avec nous.
Comme j'ai horreur des "sincères condoléances", même sincères, je ferme les commentaires sur ce billet.