Ce billet est l'histoire d'une "bricole" arrivée à mon père il y a quelques années. En bref, il a commencé à avoir mal à une épaule. Mais vraiment TRES mal. Pour que mon père en soit abattu, c'est que c'était vraiment abominable. Et puis assez rapidement, son bras droit est devenu paralysé. Il pouvait encore bouger sa main mais impossible de décoller le bras du corps.
A ce stade, il ne s'agit pas d'arthrite ou autre difficulté passagère sans raison précise, il y a vraiment un problème. Les généralistes n'y comprenaient plus rien et se limitaient à calmer les pointes de douleurs. Les spécialistes en tous genres ne pouvaient rien non plus. Au final, mon père s'est retrouvé, sur recommandation d'un spécialiste réputé, au CHU dans le service d'un "grand professeur". Celui-ci n'étant malheureusement pas là, ce sont ses assistants qui ont fait faire les examens approfondis, conclus à une hernie discale cervicale et programmé l'opération. L'opération consistait à ouvrir l'avant du cou, d'écarter la tuyauterie, attraper un disque cervical et à tirer un peu dessus. Opération lourde, 6 mois de minerve et des séquelles pour longtemps. Pas anodin quoi.
Le jour avant l'opération, le "grand professeur" (revenu) a fait le tour de son service avec sa cohorte d'assistants. Il est entré dans la chambre, un assistant lui a présenté en bref le cas de mon père. Le prof a lu le dossier 3 secondes, a lancé "parfait, je vous opérerai demain matin à 10h" et s'est dirigé vers la sortie. Mais mon père l'a arrêté (pas facile) pour lui demander si son bras refonctionnerait directement après l'opération. Arrêt net du professeur. Un instant de suspension et puis:
"- Votre bras ? Qu'est-ce qu'il a votre bras ?
- Ben il est paralysé depuis le début."
Le prof a pris le bras, l'a soulevé et évidemment, il est retombé comme un poids mort:
"- Ah mais ce n'est pas une hernie discale ça ! Je ne vous opère pas ! Vous allez passer un EMG et on en reparlera après."
L'EMG, électromyogramme, consiste à envoyer du courant dans les nerfs et à mesurer leur réaction. Le médecin qui faisait l'examen a rapidement identifié un "syndrome de Parsonage et Turner". Et une fois son diagnostic posé, il a demandé:
"Vous permettez que je fasse quelques tests supplémentaires ? Ce n'est pas indispensable mais en 20 ans de carrière, vous êtes mon deuxième cas et j'aimerais bien faire quelques essais."
Pour faire court, le Syndrome de Parsonage et Turner est une maladie très rare d'origine inconnue qui attaque la connexion des nerfs de l'épaule aux cervicales et amène une détérioration du nerf contrôlant le bras pouvant aller jusqu'à la paralysie. Il n'y a aucun traitement et le nerf se resoude tout seul en quelques mois.
Bref, si mon père n'avait pas intercepté le grand professeur pour attirer son attention sur un symptôme (pourtant difficile à rater), il aurait subi une lourde opération pour des prunes et des queues de cerise. Le pire, c'est qu'il ne s'en serait probablement jamais rendu compte puisque son bras aurait progressivement recommencé à fonctionner.
PS: mes excuses aux médecins qui liront ceci pour mes approximations d'amateur.