Je dis souvent que j'habite à Waterloo. Pratiquement parlant, c'est vrai. Mais officiellement, je suis juste de l'autre côté du rideau de bettraves, à Rhode-Saint-Genèse.
Pour ceux qui ne connaissent pas la subtile connerie belge, voici un rapide topo. Au nord, il y a la Flandre (où on parle Néerlandais). Au sud, il y a la Wallonie où on parle le Français. Bruxelles, notre capitale européenne est une enclave en territoire Flamand. On y parle Français ET Néerlandais. Les citoyens ont droit d'y parler la langue de leur choix. Na.
Là où le bât blesse, c'est qu'autour de Bruxelles (en territoire Flamand donc), il y a de nombreux francophones. Regardez bien le lopin de terre entre le rond jaune de Bruxelles et le Brabant Wallon... Eh bien cette zone est à majorité francophone. D'autres communes ont une minorité francophone assez importante pour "foutre le bordel". Ces communes offrent des "facilités" aux francophones pour recevoir les documents officiels dans leur langue mais il s'y livre une véritable guerre froide.
La flèche montre où précisément j'habite. La ligne noire est la limite entre la Flandre et la Wallonie. Tous les bâtiments en bas sont sur Waterloo. Tout le vert en haut est sur Rhode (Flandre donc).

Or, ce week-end se déroulaient les élections communales et provinciales. Imaginez des élections "communales" à Gaza en moins violent. Notez que le suffrage en Belgique est obligatoire pour tous les Belges.
Premier épisode: la province envoie les convocations électorales aux habitants... en Néerlandais. Légalement, elles devraient comporter une note indiquant qu'une version en Français est disponible sur demande. Cette mention n'y figure pas.
Deuxième épisode: la commune envoie le même document sur feuille A4 en Français. Signé par la Bourgmestre.
Troisième épisode: la province n'est pas contente et engueule la Bourgmestre qui n'aurait pas émis les convocations. Il semble que ce soit un de ses adjoints qui l'ait fait.
Quatrième épisode: la commune envoie un courrier pour signaler que les bureaux de vote pourraient refuser la convocation en Français, qu'il faudrait donc apporter les deux. (Mais de toute façon la carte d'identité est nécessaire et suffisante)
Cinquième épisode: la province envoie un long document très "c'est pas moi c'est lui" dans les deux langues (tiens donc) pour dire que la convocation en Français est un faux et qu'il suffit de la carte d'identité pour voter plus, si possible, la convocation en Néerlandais.
J'arrête là ce jeu de ping-pong linguistique. Sommet du ridicule. La convocation n'est qu'un bout de papier avec le numéro d'électeur pour s'y retrouver dans la longue liste et est cachetée par le bureau de vote afin de prouver qu'on a bien voté. Ceux, comme mon voisin, qui sont venus avec leur seule convocation en Français n'ont pas eu ce cachet et ne pourront donc pas prouver qu'ils ont voté si l'assesseur a mal "marqué" leur nom dans le registre.
Sur le sol près du bureau de vote, on pouvait lire l'inscription fraîchement peinte: "Rode Vlaams !" (Rhode flamand !).
Qu'ont donné ces élections alors ? Au niveau communal, on avait le choix entre une liste de coalition francophone et une liste de coalition néerlandophone. IC-GB (Intérêts Communaux-Gemeente Belangen) contre Samen (Ensemble). Résultat: 64% pour Ies francophones. Au niveau de l'arrondissement, 14% "seulement" pour les Francophones et 8% pour la province. A mon échelle à moi, ça veut dire que je pourrai parler Français avec mon administration communale pendant encore 6 ans.
La prochaine mesquinerie majeure qui se profile s'appelle "scission de l'arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde". Pour l'instant, la majeure partie du Brabant Flamand (voir la carte) et Bruxelles font partie de la même division administrative, en particulier au niveau judiciaire. Pour l'instant, les magistrats de l'arrondissement doivent être bilingues. Ca me permet d'être jugé en Français, de communiquer avec le parquet en Français (excès de vitesse etc), ... Mais ça coûte un peu cher et donc les Flamands voudraient séparer Bruxelles (qui doit rester bilingue) et Hal-Vilvorde (qui devriendrait néerlandophone uniquement). Evidemment, les francophones des communes à facilités ne sont pas d'accord. Ca nous promet de belles querelles avec de nombreux coups bas.
Et tout ça parce que j'habite à quelques mètres de Waterloo (qui est en Wallonie)... C'est beau la Belgique.